Le suivi de grossesse en France reste historiquement centré sur la femme enceinte. Les sept consultations prénatales obligatoires, les échographies trimestrielles, l’entretien prénatal précoce : tout le dispositif médical s’adresse à la future mère. Mesurer la place réelle du partenaire dans ce parcours suppose de regarder ce que le système de santé propose concrètement aux coparents, et ce qui a changé ces deux dernières années.
Examen parental de grossesse : une consultation codée pour le partenaire depuis 2024
Les concurrents parlent d’accompagner la femme enceinte aux rendez-vous, de dialoguer davantage, de trouver sa place. Aucun ne mentionne qu’il existe désormais une consultation médicale dédiée au futur père ou coparent.
L’examen parental de grossesse (EPG) permet de recevoir le partenaire seul, pour aborder sa propre santé, ses questions et prévenir les risques psychosociaux liés à la parentalité. Cette consultation est prise en charge à 100 % au titre de la maternité.
Le dispositif existait depuis plus de vingt ans, mais il a obtenu une cotation spécifique EPG en juin 2024. Ce changement dans la nomenclature transforme le partenaire en patient à part entière dans le suivi de grossesse, et non plus en simple accompagnant.

Le fait qu’une sage-femme ou un médecin puisse coter cet acte modifie la donne sur le terrain. Avant cette cotation, proposer un temps dédié au partenaire n’était pas valorisé financièrement pour le professionnel de santé. La consultation restait donc rare, informelle, tributaire de la bonne volonté individuelle.
Présence du partenaire aux consultations prénatales : ce que montrent les observations de terrain
Une recherche ethnographique menée en maternité, publiée dans la Revue des politiques sociales et familiales en 2024, décrit la réalité de la présence masculine dans le suivi médical de grossesse. Deux constats ressortent.
Le premier concerne les représentations des professionnels. L’étude parle d’une « banale absence » des futurs pères dans les consultations prénatales. Leur venue n’est ni attendue ni sollicitée de manière systématique par les équipes médicales.
Le second porte sur la division sexuée du suivi. Les femmes sont dotées d’une « bonne volonté sanitaire » construite depuis des décennies de médicalisation de la maternité. Le partenaire, lui, n’a pas d’équivalent dans le dispositif de surveillance prénatale, ce qui renforce son positionnement en retrait.
| Aspect du suivi | Femme enceinte | Partenaire |
|---|---|---|
| Consultations prénatales obligatoires | 7 consultations remboursées | Aucune obligation, présence facultative |
| Consultation dédiée individuelle | Entretien prénatal précoce (4e mois) | Examen parental de grossesse (EPG, coté depuis juin 2024) |
| Préparation à la naissance | Séances remboursées à 100 % | Participation possible, non systématiquement proposée |
| Suivi post-partum | Consultation postnatale obligatoire | Aucun suivi médical prévu |
Ce tableau résume l’asymétrie structurelle du parcours de santé périnatale. L’EPG est le seul dispositif qui s’adresse directement au coparent en tant que bénéficiaire de soins.
Alimentation du père avant et pendant la grossesse : un impact mesurable sur le nouveau-né
Un angle rarement abordé concerne l’influence directe de la santé du partenaire sur le futur enfant. Des travaux publiés en 2025 dans des revues scientifiques indexées (PMC/PubMed) montrent que l’alimentation du père influence le poids du bébé à la naissance.
La consommation de produits ultra-transformés par le futur père serait associée à un poids de naissance plus élevé chez le nouveau-né. Ce lien passe par des mécanismes épigénétiques : l’environnement nutritionnel du père modifie l’expression de certains gènes transmis à l’enfant.
Cette donnée change la perspective sur le rôle du partenaire. Le suivi de grossesse ne concerne pas uniquement le soutien émotionnel ou logistique. La santé physique du coparent a un effet biologique direct sur l’enfant à naître. Les recommandations nutritionnelles pendant la grossesse pourraient donc être étendues aux deux parents.
Congé de naissance et accompagnement du partenaire après l’accouchement
Le cadre légal évolue aussi sur la période postnatale. Un projet de congé supplémentaire de naissance est en discussion au Sénat (proposition de loi référencée sous le numéro ppl25-927). Ce dispositif viendrait compléter le congé de paternité existant.
Pour le partenaire, les enjeux du suivi ne s’arrêtent pas à l’accouchement. Plusieurs éléments concrets structurent son implication dans les premières semaines :
- La déclaration de naissance doit être effectuée dans les cinq jours suivant l’accouchement auprès de l’état civil, une démarche souvent assurée par le coparent pendant le séjour en maternité
- Le congé de paternité et d’accueil de l’enfant permet au partenaire de rester présent lors du retour à domicile, période où le suivi postnatal de la mère et du nouveau-né est le plus dense
- L’assurance maternité couvre les frais liés à la grossesse et à l’accouchement pour la mère, mais l’EPG reste le seul acte remboursé au titre de la maternité pour le partenaire

Préparation à la naissance : participation réelle du partenaire
Les séances de préparation à la naissance sont ouvertes au partenaire, mais leur format n’a pas été conçu pour deux. La plupart des exercices (respiration, postures, gestion de la douleur) ciblent la femme enceinte. Le coparent y assiste, apprend quelques gestes de soutien, sans bénéficier d’un contenu adapté à ses propres besoins.
L’entretien prénatal précoce, réalisé au quatrième mois, peut inclure le partenaire. C’est un espace de parole sur le projet de naissance, les craintes, l’organisation familiale. En revanche, la sage-femme ou le médecin qui mène cet entretien se concentre sur le dépistage des vulnérabilités de la mère.
L’examen parental de grossesse vient combler ce vide. Sa cotation spécifique en 2024 signale que les pouvoirs publics reconnaissent désormais le partenaire comme un acteur de santé périnatale, pas seulement comme un soutien moral.
Le parcours de suivi de grossesse en France reste asymétrique. L’EPG coté depuis juin 2024, les données sur l’impact nutritionnel paternel et les évolutions législatives en cours dessinent un changement de paradigme. Le partenaire n’est plus un figurant dans la salle d’attente de la maternité : le système de santé commence à lui attribuer un rôle clinique propre.

